Lika Spitzer

Aujourd’hui, je te livre un texte (qui n’est pas de moi) avec, bien sûr, l’accord de son auteurE.

S’il te plaît (le texte….) file à toute allure au dos de ton mulot jusque chez Lika.

Là-bas, tu pourras aussi lui commander Peut mieux faire (dont est extrait ce Chiffre Rond) et que j’ai ma foi lu d’une seule traite en me fendant la poire (mais pas que…. et bien subtilement) dans un train qui me ramenait de Paris.

Lika, elle sait te raconter toutes les choses indicibles qui te traversent et qui font de toi ce que tu es, à savoir un être humain défaillant, déraillant, amoureux et drôle, et non pas la Barbie à produire des merdes et à en acheter d’autres que l’on entend que tu soies.

Lika Spitzer, c’est quelqu’un  ! À lire sans modération.

Une de ces manies dont je commence à me guérir c’est celle du chiffre rond.

Jusqu’ici, si je décidais de me poster devant ma table de travail, il fallait que ce fût huit heures ou neuf heures, dix heures, onze heures, etc.

Mais pas huit heures zéro sept, neuf heures zéro quatre. Toutes les minutes situées de part et d’autre de l’heure me semblaient inhospitalières, rangées non pas régulièrement derrière l’heure comme les pavées égaux d’une chaussée carrossable, mais au contraire répandues n’importe comment entre les bornes des heures : impossibles à franchir.

La demi-heure offrait parfois un petit espace où poser le pied – et même le quart d’heure – mais je ne m’y risquais guère, je ne me sentais pas en confiance.

Si donc j’avais laissé passer « l’heure ronde », j’éprouvais une sorte de découragement, toute énergie retombée, comme si j’avais laissé partir un train et qu’il fallût attendre toute une heure le train suivant. Et chacun remarquera que quand on part réellement en voyage, on n’est pas du tout gêné que le train doive partir à une heure bâtarde telle que sept heures zéro trois, ou dix-neuf heures quarante-huit, on trouve cela très normal, et on saute dans son train sans le moindre état d’âme.

Pour mes plaisirs, par contre, je n’ai jamais eu besoin de chiffre rond.

Si j’ai envie d’un café ou d’une tartine, il peut être n’importe quelle heure bâtarde, onze heure dix minutes vingt trois secondes, aucun problème, je n’ai jamais pensé à l’heure, n’importe quel chiffre a toujours fait l’affaire. Elle a toujours pu se produire en plein coeur de l’éboulis d’heures minutes secondes sans que j’y trouve à redire.

Maintenant, regardez ce progrès : je peux attendre pour fumer ou manger qu’il soit « l »heure ronde » ; et inversement, décider de m’arrêter de fumer aussi bien à treize heures zéro sept au cours d’un mardi très ordinaire, commencer un régime amaigrissant un jeudi soir juste avant le dîner, ou après – voire pendant le repas.

Lika Spitzer - Chiffre rondPeut mieux faire – Collection du Club des poètes – 2009

Et merci Lika pour ces très très gros efforts que tu fournis pour nous offrir ce Blog car il est sûr que tu vas nous régaler sur la toile ! -



Djean à la baille, part II

Tu sais quoi ??

Je me demande si la Grande, elle va pas me demander de l’épouser quand j’aurais l’âge de la marier !!!

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Je sais ce que tu te dis. Que je délire complet ! Une Grande qui épouse un chien, on a jamais vu ça. Nulle part ! On peut fouiller dans toute la littérature du monde, chez tous les historiens, dans tous les registres de la mairie et même dans ceux de l’Eglise, non ! Une Grande qui marie son chien, ça c’est jamais vu !

Mais je te jure qu’il y a quand même de quoi se poser la question.

Genre.

Je me vautre dans la piscine l’autre soir parce que je me fais avoir comme un bleu par ce Pepito, qui franchement, n’a pourtant rien d’une lumière !!! Mais que veux-tu…. L’expérience, quand même, ça fait la différence. Enfin, quoi, je me vautre dans la piscine.

Là, j’ai l’air tellement con que je dis rien. Je respire même plus pour pas qu’on m’entende. Imagine un peu la honte s’il me ramène tout le quartier ! Pour une entrée en matière, ça serait légèrement tout pourri. C’est un coup à devenir le souffre douleur à tout le monde, des conneries pareilles. Encore que ça ne durerait pas longtemps, parce que je te mettrais tout ça au pli et vite fait. Mais bon. Si on peut s’épargner un peu de taffe et règner comme un prince à moindre frais, c’est mieux.

Bref. J’étais comme un con à me les geler dans cette piscine presque vide qui sentait ma foi fort bon, il faisait la nuit dans le ciel, et la Grande que j’avais semée à l’aise me trouve direct !!!! C’est pas un peu louche ça ?? C’est pas un peu de l’amour ???

Elle a zéro truffe, elle court comme une tortue, elle y voit rien dans le noir, et elle me trouve direct alors que je fais le mort ! Non !!!! C’est carrément louche.

Tu l’aurais vue !!! Et la voilà qui s’angoisse, qui va chercher les voisins pour qu’ils y mettent de la lumière, qui descend à tout berzingue pour me choper, qui me hisse dans ses bras et qui me repose sur le plancher des vaches juste devant la tronche à Pepito.

Moi, sur le coup, je me dis qu’elle est vraiment sympa cette Grande de sauver ma fierté et de me faire faire des nouvelles rencontres hyper sportives…. Mais t’y crois ?? Elle m’a fait une crise de jalousie !!!

Je t’explique. Moi, je vois Pepito qui m’attend, alors qu’est-ce que je fais ?? Ben je repars pardi !! J’suis quand même pas un ingrat ! On venait de faire connaissance, on commençait à peine à s’entendre et plouf, je le laisse tout seul en plan. Non. C’est pas des manières ça. D’autant plus que j’étais chez lui !

Désolé, mais quelqu’un qui vous accueille aussi bien dans son parc, qui vous fait les honneurs d’une visite au pas de course, on le lâche pas comme un malpropre ! Je connais la politesse, moi. J’ai un pedigree, nom d’un chien !

Bref, je repars rendre ses politesses à Pepito, et tu vois pas que l’autre, elle se met dans la tête de nous courir après !

Là, je me dis mais qu’est-ce qu’elle fout ??? Elle veut courir avec nous alors qu’elle fait du sur place ?! C’est vraiment une idée à la con ! Est-ce que j’essaie de lire son journal, moi ??

(Bon. À la réflexion, c’est vrai que j’y ai bouffé ses lunettes pour qu’elle arrête parce que je m’ennuie quand elle lit… Cela dit, lui bouffer ses lunettes, c’est de bonne guerre. Prétendre courir avec nous, c’est stupide ! )

Elle s’est mise à crier mon nom dans la nuit (non mais… t’y re-crois ??) tout en opérant une sorte de danse ridicule autour de nous pendant dix minutes. Moi, c’est pas que je l’aime pas la Grande, mais franchement, la danse, c’est pas trop mon truc et elle, pour courir, c’est une patate. Pepito est vachement mieux. Alors je l’ai pas calculée.

Boudu Con !! T’aurais vu la colère qu’elle a piquée ! Comme elle a des bras (ça, elle a du pot quand même), elle a réussi à me choper pendant un dérapage raté. Dis donc, mais c’est qu’elle m’a fait une de ces crises !!

Et patati et patata et patati et patata. J’ai rien capté. Elle parle trop vite. Mais j’ai bien compris qu’il fallait que je fasse le gentil toutou parce qu’elle avait l’air vraiment très très très très désolée.

Elle s’est épuisée à me remonter chez sa soeur dans ses bras alors qu’elle a les muscles à peu près gros comme des fils de fer…. Là, j’ai compris qu’elle ne voulait vraiment pas me partager, même avec Pepito.

Oups, j’ai un blèm’pro que je me suis dit. Va falloir comprendre et fissa fissa.

Comme il fallait que j’y réfléchisse, je suis passé sous la table quand elle me l’a demandé. D’abord, je me suis dit qu’elle méritait bien qu’on lui redore un peu son blason (parce que je crois qu’elle en a pas, elle, de pedigree) et puis j’avais besoin de mettre mes idées au clair.

Je l’ai matée l’air de rien du coin de l’oeil. Et franchement, j’ai bien vu sa déconfiture.

La pauvre ! Y a pas idée quand même de fall in love pour un chien ! Comment que je vais faire maintenant pour lui expliquer que notre amour est impossible….

Bon, je vais tenter un truc. Si elle m’appelle, je pars dans l’autre sens. Elle finira peut-être bien par comprendre.



Petites Soies

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Marie-Laure Mesnage et Yves Decoste par Les Pelleteurs de nuages.
http://www.cloudshovellers.com/Categorie.asp?Cat=165258

Je voudrais être un homme.

Je voudrais être un homme car je voudrais être aimée par une femme et manque de bol, c’est quand même un peu dégueulasse, je ne suis pas lesbienne.

Pourtant, je suis comme un homme. C’est à dire une enfant dans un corps devenu grand.

Je n’ai pas un seul ami musicien solitaire.

Ils ont tous des femmes aux petits soins qui leur ont donné des enfants.

Des femmes douces, aimantes, patientes. Des femmes qui leur pardonnent leur bêtise, leurs faiblesses, leurs incartades, leur vie de funambules.

Des femmes qui s’occupent des factures, des papiers, des courses, du ménage, des repas.

Des femmes qui les caressent, qui les consolent, qui les encouragent. Des femmes qui les réparent.

Des femmes qui espèrent quand c’est la misère et qui se réjouissent dans l’ombre quand reviennent briller sur eux les feux de la rampe.

Des femmes qui regardent passer les « femelles zicos-addict » avec humour et légèreté. Des femmes confiantes.

Des femmes qui bossent et qui ramènent la thune quand le téléphone ne sonne plus ou quand le temps du doute s’étire à n’en plus finir.

Des femmes qui vieillissent et qui restent fraîches, tendres et sucrées tandis que le regard de l’Autre s’indiffère puis se durcit comme de l’acier.

Des femmes qui jusqu’au bout recommencent, recommencent, recommencent à aimer.

Anne Sylvestre. Petit Velours – Patage des Eaux.

Quand au soir la ve s’effiloche
Usée comme un vieux fond de poche
Quand on a défait les ourlets
Quand au manteau de l’aventure
Il n’y a plus une couture
Qui fasse encore son effet
On peut découvrir un beau jour
Petit velours
Qu’on a quelqu’un auprès de soi
Petite soie

C’est le temps où l’on raccomode
Tant bien que mal les épisodes
D’une vie déjà bien passée
On y fait deux ou trois reprises
C’est pas nécessaire qu’on dise
Tous les fils qu’on y a cassés
Si on se fait un peu la cour
Petit velours
On reste sur son quant-à-soi
Petite soie

Comme il y a tant à recoudre
Il faut un matin se résoudre
À laisser des mailles filer
Et même avec nos maladresses
On peut rattraper la tendresse
Qui demande à se faufiler
On va pas battre le tambour
Petit velours
Pour annoncer qu’on se tutoie
Petite soie

Pour mener à bien cet ouvrage
On doit soigner son assemblage
Et le garder dans le droit fil
Et s’il y faut quelques épingles
Est bien malin qui les distingue
Car la piqûre en est subtile
Si c’n'est pas nos plus beaux atours
Petit velours
Ils nous protègeront du froid
Petite soie

Mais si fragile en est la trame
Que ce serait un nouveau drame
De faire des points trop serrés
Et peu importe ce qu’en disent
Tous ceux qui ont sous leur chemise
Une conscience amidonnée
On peut surfiler des mamours
Petit velours
Dans une étoffe à claire-voie
Petite soie

On peut même y faire des jours
Petit velours
Ou la broder au point de croix
Petite soie



Mais y a qui dans mon chien ?? (Djean à la baille, part I)

À maman, le 17 avril 2009

Objet : Mais y a qui dans mon chien ?

Coucou Mutti,

Juste un petit mot pour pas que tu t’inquiètes. Je bosse comme une folle et je suis grave à la bourre. C’est l’angoisse….. du temps qui passe….. J’ai l’impression de me noyer dans un verre d’eau, d’être organisée comme une patate, et de manquer cruellement de confiance.
Mon Dieu. Quel mental compliqué je me trimbale. C’est vraiment pas une sinécure. Mais j’imagine que ça doit être pour tout le monde pareil. De toutes façons, c’est comme ça.

Djean, lui, va hyper bien. Il devient bien gros et il a déjà une sacrée force.

J’ai été obligée de me durcir un peu parce qu’il commençait carrément à raisonner avec moi. Je te dis pas. Il m’engueule quand je l’engueule.

Bref, j’ai sévi, et je lui ai montré que moi aussi, je pouvais jouer les Dominators !! (En vérité, c’était pas si facile, heureusement qu’il en sait rien. Quoique…..)

Toujours est-il qu’il a bouffé mes lunettes. Les deux paires. Je lui ai ôté la première de la bouche, en mille morceaux. Je ne trouve pas la deuxième. J’ai juste récupéré un tout petit morceau de branche dans sa gueule. Je t’avoue que j’ai flippé un peu, mais finalement, il semblerait qu’il digère les lunettes très très bien. (Beaucoup mieux que les trucs qu’il a piqué dans la cuisine d’un resto hier soir et qui l’ont fait vomir jusqu’à deux heures du matin). Enfin passons….

Nous avons passé le week-end de Pâques chez mes amis Hervé et Charlotte à la campagne. Djean était complètement HEU-REUX et donc, mignon comme une crème.

Là-bas, je me suis fait traiter de petite-vieille-complètement-à-côté-de-la-plaque par Hervé parce que je parle à mon chien. Ok. J’assume.

N’empêche que quand je lui chante « je t’aime avec de l’amour / je t’ai-me t’ai-me pour toujours », soit on est dans la rue et il se met à marcher au pied, soit on est dans la maison et il me fait un bisou – ça marche à tous les coups.

Je leur ai fait la démonstration, et tout le monde était plié. Moi, j’étais bien fière et très reconnaissante à mon chien d’avoir cloué le bec à Hervé.

De retour à Toulouse, nous sommes allés dîner chez Véra. Djean est tombé dans la piscine en courant avec Pépito (le chien des voisins). C’est la deuxième fois qu’il tombe à l’eau !!!

La première fois, c’était dans le lac de Balma. On avait une séance d’obéissance avec les grands chiens. Ils sont partis en meute s’amuser, et puis Djean qui veut toujours faire le boss s’est pris un grand coup de cul qui l’a envoyé à la baille direct. Tout le monde était mort de rire. Moi, je me disais « quand y a une connerie, t’es sûre que c’est pour lui ! C’est vraiment une BD ce chien !  »

Mais l’autre soir, la piscine était presque vide. Il restait juste un fond d’eau. Suffisant pour qu’il ne se casse pas en douze, mais il a fait une belle chute quand même. Et puis l’eau était croupie, elle puait la vase toute miasmée.

Je suis allée le repêcher – c’était la nuit, ça caillait, il pleuvait, et j’avais de l’eau jusqu’aux mollets emoticone – et à peine sorti de cette saloprie de piscine, le voilà qui repart comme un taré derrière Pepito qui semblait trouver ça très très chouette d’avoir un nouveau copain complètement turne.

Ils sont partis balle à l’autre bout du parc et j’ai ramé 10 minutes pour remettre la main dessus…. Je te dis pas la colère que j’ai piquée emoticone.

Je l’ai ramené dans mes bras (presque 20 kilos quand même) dans le noir – évidemment, je me suis paumée dans les arbres et j’ai pris leurs branches dans la figure et dans les cheveux, toujours avec Djean dans les bras, puant et dégoulinant, se tordant comme un ver pour sniffer tant qu’il pouvait du côté de Pépito, et moi qui commençait à regretter velu velu mes milliards de clopes englouties – enfin, je l’ai ramené dans mes bras et puis on la séché avec Véra.

Elle a sorti un vieux peignoir et lui a enfilé les pattes dedans, histoire, m’a-t-elle dit, qu’il s’en rappelle ! Il était dégoûté, nous on était pliées (mais je ne l’ai pas montré car je devais me fâcher).

Ensuite, donc, je me suis fâchée, je l’ai envoyé coucher « à sa place » et j’ai vu que j’avais gagné une belle autorité (Ok Ok, t’as le droit de rire …. ) Du coup, ça m’a fait une bonne occasion pour travailler le « Reste » (pas bouger).

Ce n’est que quand il a été bien tranquille sous sa table que j’ai réalisé qu’il aurait pu se tuer ou se faire je ne sais quelle fracture. J’en étais toute retournée. Bref, tout va bien, mais il faut vraiment que j’active sur les rappels. Cela dit, comment veux-tu lutter avec Pepito ??

Voilà ce qu’il en est des dernières aventures de Djean. Et après ça, Monsieur joue les princesses délicates devant l’objectif…. Non mais j’te jure !!!

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C’est à se demander s’il n’a pas fait de carrière politique dans sa vie antérieure….. (Djean à la baille Part II)



Il est 1975

À force de voir sa jolie figure depuis deux jours en page d’acceuil du blog, tout à coup j’ai grave envie de l’entendre.

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Alors je te le mets en ligne, parce que finalement, c’est pas si souvent qu’on l’entend.

Prends trois minutes , mets ton casque et régale-toi….

J’adore ces deux petites guitares qui me chatouillent l’oreille.
Je ferme les yeux, et puis je chavire dans mes souvenirs.
Je ne suis plus une adulte dans une époque merdique.

Je danse entre deux guitares, légère,
Je me blottis dans une voix.

Il est 1975 et le soleil se couche devant moi.



Les professionnels de la santé tabacophobes : pires que la came !

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http://amelieplourde.com/

À maman, le 1er avril 2009

Objet : Mes dents

Coucou mutti,
Désolée pour le silence, mais j’ai eu plein de trucs à faire et tout un tas de galères à régler, et les journées sont courtes.

Tu sais quoi ?? Je suis sous les antibios jusqu’au cou.

Il s’est passé que ça fait maintenant plusieurs années (depuis 2003) que je réclame à chaque dentiste que je vois de me soigner les gencives qui n’ont pas l’air au top !!
La réponse depuis six ans fut à chaque fois hyper laconique du genre : hein, quoi, des gencives ? Et puis voilà.

Le dernier en date est même allé jusqu’à me faire comprendre que puisque j’étais fumeuse, il n’allait sûrement pas s’emmerder.
Après qu’il m’eût retiré mes deux dents de sagesse du haut (qui, je le pensais, étaient à la source de tous mes tracas dentaires) je lui dis que ma molaire droite me faisait vraiment souffrir, et que je passais mon temps à contenir une infection récurrente du palais à grands coups d’huile essentielle de tea tree.

Là dessus, il me renvoya dans mes pénates en ayant pris soin de souligner que les huiles essentielles, ça servait à rien, et que pour ce qui était de mes gencives, ben j’avais qu’à pleurer avec mes yeux. OK.
Je continuais donc à tamponner de tea tree ma molaire à chaque poussée infectieuse.

Entre temps, ma copine Charlotte me raconte qu’elle vient de se faire sauver toute la bouche par le meilleur dentiste du monde. Chouette ! que je me dis. Je l’appellerai pour lui montrer mes gencives, des fois qu’il soit un peu plus tonique que les autres.

Et voilà qu’il y a deux jours, un mal de chien me prend, toujours sur la molaire. L’infection se réveille violente comme un dragon et me fait pleurer de douleur jusqu’à 6 heures du matin. J’appelle le lendemain le dentiste et insiste comme une diablesse jusqu’à ce que sa secrétaire me file un RdV dans la journée.

- « Je vous en supplie, j’ai trop mal c’est horrible, et j’ai peur de perdre un oeil en plus de ma dent qui s’est mise à bouger, car tout le monde se fout de mon infection et elle traîne depuis belle lurette. »

Et bien tu sais quoi ???

(Le type, d’abord, il est top ! Ce qui est une bonne nouvelle. J’ai enfin un dentiste.)

Il m’ouvre la bouche, et là, je le vois devenir blême.

- Ma pauv’ dame! qu’il commence. Vous avez un abcès parodontique énorme sur l’ensemble de la machoire et il y a des années qu’on aurait dû s’occuper de vous. Moi, quand j’ai un patient qui commence avec ça, je lui prends la tête grave pour qu’il se soigne et sans traîner !!! »

J’étais verte !

- Pourquoi mes collègues vous ont-ils laissé ainsi ?

- Parce que je suis fumeuse !

- Mais ça n’a rien à voir ! Le tabac n’arrange pas les choses, c’est sûr, mais en aucun cas il ne provoque la parodontopathie. C’est héréditaire ! Et si on se met à refouler tous les fumeurs, on va soigner qui ?

- Je sais bien. Mais que voulez-vous que j’y fasse si la profession se transforme en horde de fascistes moralisateurs ? J’suis mal barrée ??

- Je ne vais pas vous mentir, vous êtes en effet très mal barrée ! Vous êtes en train de perdre toutes vos dents et on vous a laissé traîner ça beaucoup trop longtemps. Quoiqu’il en soit, je ne peux rien faire maintenant, car si je vous touche, vous allez grimper aux rideaux ! C’est beaucoup trop enflammé pour faire quoique ce soit. Et puis j’ai besoin d’une radio panoramique pour voir l’étendue exacte des dégâts. Donc….
Et là, il me colle sous les antibios à dose de cheval, plus des suppositoires, plus des bains de bouches, plus des anti-inflammatoires de cheval aussi.

- Allez vite faire votre radio et amenez-la moi avant lundi pour que j’aie le temps de la regarder en détail.

- Doc, si vous me sauvez la bouche, peut-être que j’arrêterai même de fumer.

- Ne vous inquiétez pas de ça pour le moment. Vous savez bien qu’on fait comme on peut avec le tabac. Mais quand on vous aura soignée, vous n’aurez plus jamais de problèmes avec vos gencives. Vous avez tout à fait le droit de garder vos dents, toute fumeuse que vous êtes.

- Merci Doc. Alors si vous sauvez ma bouche, je vous paie une bouteille de schnaps !

Voilà. Je suis donc bien verte mais bien contente. Me reste plus qu’à trouver le gynéco pareil (vu qu’ils me font le même coup avec les mammos qu’ils refusent de me prescrire, malgré ma mastose et sa ribambelle de boules et de kystes ô combien variés, cause que j’ai toujours pas 50 ans) et le médecin traitant pareil (qui fera simplement son boulot et qui arrêtera de me parler comme l’excellent curé qu’il aurait pu devenir sans la testostérone qui lui fleurit sans répit dans les couilles). C’est pas gagné.

Bon. Je me prépare à souffrir, mais je suis soulagée ! (encore qu’il faut voir la radio. Je t’avoue que j’en mène pas large).

En tout cas, de cette aventure, je retiens qu’à pas encore quarante ans, je risque de perdre toutes mes dents comme si je m’étais cramée à l’héro pendant des années, alors que je n’ai jamais touché à la came, si ce n’est à celle contenue dans mes clopes.

J’en conclus, non sans colère contre ces culs serrés, qu’ils sont aussi nuisibles que de la drogue dure coupée vingt fois à l’ammoniaque et autres joyeusetés du même acabit.

Et comment veux-tu après ça avoir envie de rompre avec Benson pour rejoindre définitivement dans leur pré carré rose ces salopries de non fumeurs ?

Sur ce, je t’embrasse bien fort. Et ne t’inquiète pas telle la mère juive. Comme tu vois, je suis enfin en de bonnes mains.

Gros bisous



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