Mon existence est-elle compatible avec « cela » ?

Tout ça, tu peux le trouver à l’identique ici

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/25/julien-coupat-la-prolongation-de-ma-detention-est-une-petite-vengeance_1197456_3224.html

mais comme je crains qu’ils ne mettent cet article aux archives d’ici peu, je copie-colle (quelle honte!) … Toutes mes excuses au Monde, mais c’est de la balle, et moi, je veux pouvoir le retrouver quand j’ai besoin, le baratin salutaire du bonhomme.

… Maintenant, si t’as pas le temps ou si t’es pas d’humeur, je te dirais que l’essentiel tient dans le titre de ce post : notre existence est-elle compatible avec cela ?

Voici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour « terrorisme » avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et Paris, il est soupçonné d’avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. (Il a demandé à ce que certains mots soient en italique).

Comment vivez-vous votre détention ?

Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.

Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu’aux dents s’est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d’un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs « prisons du peuple » en nous assommant de questions où l’absurde le disputait à l’obscène.

Celui qui semblait être le cerveau de l’opération s’excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c’était de la faute des « services », là-haut, où s’agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu’ils continuent de sévir en toute impunité.

Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu’en dites-vous?

Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu’elle voudrait nous attribuer, d’autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d’outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l’attaque au cœur de l’Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.

Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s’agissait simplement de protester contre le transport vers l’Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de « la crise ». Le communiqué se conclut par un très SNCF « nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension ». Quel tact, tout de même, chez ces « terroristes »!

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de « mouvance anarcho-autonome » et d’ »ultragauche »?

Laissez-moi reprendre d’un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d’une période de gel historique dont l’acte fondateur fut l’accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d’ »éviter une guerre civile ». Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L’avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d’avoir pris l’initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant « sans complexe » avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l’Occident, l’Afrique, le travail, l’histoire de France, ou l’identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu’elle n’ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d’entre ses éléments. Quant à l’extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l’état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n’a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n’a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l’importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c’est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d’entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s’imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les « anarcho-autonomes ». On leur prêtait, pour commencer, l’organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le « triomphe électoral » du nouveau président.

Avec cette fable des « anarcho-autonomes », on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l’intérieur s’est docilement employée, d’arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l’y incarcérer. Or celle de « casseur » où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l’intention du nouveau pouvoir de s’attaquer à l’ennemi, en tant que tel, sans attendre qu’il s’exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

Il importe peu, finalement, qu’il ne se trouve personne en France pour se reconnaître « anarcho-autonome » ni que l’ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n’a, par la suite, jamais produit autre chose que d’inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme « ultragauche » qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l’ultragauche, ni même qu’elle ait jamais existé.

A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d’une oligarchie mondiale et française aux abois, l’utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d’ »anarcho-autonome » ou d’ »ultragauche » emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l’inexplicable une révolte que tout justifie.

La police vous considère comme le chef d’un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu’en pensez-vous?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d’un régime sur le point de basculer dans le néant.

Que signifie pour vous le mot terrorisme?

Rien ne permet d’expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d’avoir orchestré, au su de la DST, la vague d’attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d’expliquer non plus la soudaine transmutation du « terroriste » en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d’Evian, en policier irakien ou en « taliban modéré » de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d’avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s’exécutera avec promptitude. Qui n’étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – « terroristes » devenus l’un premier ministre d’Israël, l’autre président de l’Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de « terrorisme », l’impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l’on peut, elle, très bien définir : l’antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L’antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite « psychologique », pour rester poli.

L’antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n’est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c’est la méthode par quoi l’on produit, positivement, l’ennemi politique en tant que terroriste. Il s’agit, par tout un luxe de provocations, d’infiltrations, de surveillance, d’intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l’ »action psychologique », de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d’anéantir la « menace subversive » en associant, au sein de la population, l’ennemi intérieur, l’ennemi politique à l’affect de la terreur.

L’essentiel, dans la guerre moderne, est cette « bataille des cœurs et des esprits » où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l’ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l’exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l’humilier publiquement, inciter les plus vils à l’accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. « La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l’arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu’une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l’effort de guerre de la façon la plus discrète possible », conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.

Une fois n’est pas coutume, dans notre cas, l’antiterrorisme a fait un four. On n’est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée « raisonnable » est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l’échec; comme est compréhensible l’acharnement un peu mesquin des « services », depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d’emprise sur l’institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu’auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des « proches de Julien Coupat« .

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d’autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d’autres encore la crédibilité qu’ils n’ont jamais eue et qu’ils n’auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

Vous êtes issu d’un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction…

« Il y a de la plèbe dans toutes les classes » (Hegel).

Pourquoi Tarnac?

Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l’expliquer, je le crains.

Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d’Héraclite comme échappée d’un monde révolu. A l’heure de l’intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier « l’intellectuel », sinon l’étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l’aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?

Etes-vous l’auteur du livre L’insurrection qui vient ?

C’est l’aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d’instruction, des interrogatoires où l’on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L’insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L’insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d’Etat bolchevique d’octobre 1917, puisqu’il est mentionné dans L’insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

De mémoire française, il ne s’était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d’un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l’accusation de terrorisme, nous concernant, c’est le soupçon de la coïncidence d’une pensée et d’une vie; ce qui fait l’association de malfaiteurs, c’est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l’héroïsme individuel, mais serait l’objet d’une attention commune. Négativement, cela signifie que l’on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions; l’injure est de taille. Malheureusement, je ne suis pas l’auteur de L’insurrection qui vient – et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

J’en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai mieux compris la hargne hystérique que l’on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c’est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s’avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s’avère, sous les dehors d’une « crise économique », d’un « effondrement de la confiance », d’un « rejet massif des classes dirigeantes », c’est bien la fin d’une civilisation, l’implosion d’un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l’ordre politique, la religion ou l’organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n’offrira de remède.

Ce n’est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d’interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l’on fera s’évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d’échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.

Vous lisez « Surveiller et punir » de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?

La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n’est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l’ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l’existence dite « normale ». Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l’école, l’innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

Envisagée sous cet angle imprenable, ce n’est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l’effet d’une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d’une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d’autre des barbelés et à cause d’eux.

Si l’on traque avec tant d’avidité les témoignages « de l’intérieur » qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c’est pour mieux occulter le secret qu’elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.

Toute l’indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l’administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du « sens de la peine », bref : tout ce débat sur l’horreur de l’incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu’elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment « civilisé ». Le petit système d’espionnage, d’humiliation et de ravage que l’Etat français dispose plus fanatiquement qu’aucun autre en Europe autour du détenu n’est même pas scandaleux. L’Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n’est de toute évidence qu’un début : la vengeance est l’hygiène de la plèbe.

Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu’il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N’importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n’importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n’importe quel flic sait ce qu’il faut d’illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l’on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.

Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l’illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l’on juge opportun de poursuivre et ceux qu’on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n’est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c’est la justice elle-même, il n’est donc pas question pour mes camarades et moi de « clamer notre innocence », ainsi que la presse s’est rituellement laissée aller à l’écrire, mais de mettre en déroute l’hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l’esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.

Comment analysez-vous ce qui vous arrive?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C’est d’ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d’une procédure judiciaire « d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n’y a pas d’« affaire de Tarnac » pas plus que d’ »affaire Coupat », ou d’ »affaire Hazan » [éditeur de L'insurrection qui vient]. Ce qu’il y a, c’est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu’il se sent réellement menacé. Le Prince n’a plus d’autre soutien que la peur qu’il inspire quand sa vue n’excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu’il y a, c’est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d’un paradigme de gouvernement à un paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s’instaurer, à l’échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d’une gestion « décomplexée », une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s’est jamais vu qu’une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n’a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l’Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d’opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu’un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n’a aucun titre à exister et mérite seulement d’être mis à bas ? C’est une affaire de sensibilité.

La servitude est l’intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c’est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu’elle se demande « pour qui vais-je voter ? », mais « mon existence est-elle compatible avec cela ? »), c’est pour le pouvoir une question d’anesthésie à quoi il répond par l’administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l’anesthésie n’opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu’une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d’autres, comme tant de « jeunes », comme tant de « bandes », de nous désolidariser d’un monde qui s’effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d’escrocs, d’imposteurs, d’industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l’heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu’ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle « victoire » dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d’autres termes : la situation est excellente. Ce n’est pas le moment de perdre courage.

 

Propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot

 



Quand ça devient irrespirable, tu dois te souvenir que tu n’es pas tout seul.

Depuis presque trois semaines, une sorte de coqueluche pourrit mes jours et raccourcit mes nuits. Soit.

J’ai tellement toussé que je m’en suis déchiré les côtes. Bravo !

Y a quelque chose d’irrespirable Rachel, quelque chose qui te plie, mais quoi ?

Je me suis fait enguirlander par ma frangine car je ne regarde pas mon compte en banque d’assez près. Résultat, c’est franchement, mais alors franchement le bordel !

Mouais….. Je lui explique que chaque fois que je mets le nez dedans, j’ai dans la seconde qui suit une envie de dormir irrépressible. C’est sûr que c’est complètement crétin de ne pas surveiller ses comptes, mais je ne peux quand même pas passer mes journées à faire la sieste.

Soit. Mais là, ça devient très grave. L’agence qui me loue mon logement a entamé une procédure d’expulsion. C’est la première fois de ma vie que je n’arrive plus à payer mon loyer.

5 mois de retard et une dette de 1600 euros, et me voilà sous la menace de me retrouver bientôt à la rue.

J’avais suspendu les prélèvements parce que c’est le banquier qui me promettait une expulsion….

Avec 394 euros par mois et un reliquat de loyer de 300 euros à payer, il a bien fallu choisir. Interdit bancaire ou acquittement du loyer….. bref, de choix, je n’en ai pas. Tiens. Irrespirable ?

Là dessus, je perds courage, tout commence à m’être égal. J’ai plus envie de rien. Irrespirable ?

Des solutions ? Un nouveau truc à tenter ? Une bonne idée ? Certes.

Mais l’énergie…… y en a plus. Irrespirable ?

Moi qui ai tendance à faire très peu cas de ce qui m’arrive en général, je mets du temps à poser les mots justes sur ce qui me traverse.

Mais la coqueluche avec son cortège de souffrances me prend la main et met mon doigt sur les bons mots.

Je perds pied. Je sombre.

Une nouvelle quinte me plie en deux et me froisse toutes les entrailles.

La douleur aiguë du déchirement intercostale fait des aller-retours sans relâche depuis la base de mon sein jusqu’au milieu de mon dos. C’est à gauche qu’est opéré la déchirure.

http://www.dailymotion.com/video/x1xjpt

EDIT :  Tiens…. ça, c’était une interview de Charlie Bauer. Tu crois qu’il a gueulé pour les droits d’auteur ?? 

 



Lika Spitzer

Aujourd’hui, je te livre un texte (qui n’est pas de moi) avec, bien sûr, l’accord de son auteurE.

S’il te plaît (le texte….) file à toute allure au dos de ton mulot jusque chez Lika.

Là-bas, tu pourras aussi lui commander Peut mieux faire (dont est extrait ce Chiffre Rond) et que j’ai ma foi lu d’une seule traite en me fendant la poire (mais pas que…. et bien subtilement) dans un train qui me ramenait de Paris.

Lika, elle sait te raconter toutes les choses indicibles qui te traversent et qui font de toi ce que tu es, à savoir un être humain défaillant, déraillant, amoureux et drôle, et non pas la Barbie à produire des merdes et à en acheter d’autres que l’on entend que tu soies.

Lika Spitzer, c’est quelqu’un  ! À lire sans modération.

Une de ces manies dont je commence à me guérir c’est celle du chiffre rond.

Jusqu’ici, si je décidais de me poster devant ma table de travail, il fallait que ce fût huit heures ou neuf heures, dix heures, onze heures, etc.

Mais pas huit heures zéro sept, neuf heures zéro quatre. Toutes les minutes situées de part et d’autre de l’heure me semblaient inhospitalières, rangées non pas régulièrement derrière l’heure comme les pavées égaux d’une chaussée carrossable, mais au contraire répandues n’importe comment entre les bornes des heures : impossibles à franchir.

La demi-heure offrait parfois un petit espace où poser le pied – et même le quart d’heure – mais je ne m’y risquais guère, je ne me sentais pas en confiance.

Si donc j’avais laissé passer « l’heure ronde », j’éprouvais une sorte de découragement, toute énergie retombée, comme si j’avais laissé partir un train et qu’il fallût attendre toute une heure le train suivant. Et chacun remarquera que quand on part réellement en voyage, on n’est pas du tout gêné que le train doive partir à une heure bâtarde telle que sept heures zéro trois, ou dix-neuf heures quarante-huit, on trouve cela très normal, et on saute dans son train sans le moindre état d’âme.

Pour mes plaisirs, par contre, je n’ai jamais eu besoin de chiffre rond.

Si j’ai envie d’un café ou d’une tartine, il peut être n’importe quelle heure bâtarde, onze heure dix minutes vingt trois secondes, aucun problème, je n’ai jamais pensé à l’heure, n’importe quel chiffre a toujours fait l’affaire. Elle a toujours pu se produire en plein coeur de l’éboulis d’heures minutes secondes sans que j’y trouve à redire.

Maintenant, regardez ce progrès : je peux attendre pour fumer ou manger qu’il soit « l »heure ronde » ; et inversement, décider de m’arrêter de fumer aussi bien à treize heures zéro sept au cours d’un mardi très ordinaire, commencer un régime amaigrissant un jeudi soir juste avant le dîner, ou après – voire pendant le repas.

Lika Spitzer - Chiffre rondPeut mieux faire – Collection du Club des poètes – 2009

Et merci Lika pour ces très très gros efforts que tu fournis pour nous offrir ce Blog car il est sûr que tu vas nous régaler sur la toile ! -



Djean à la baille, part II

Tu sais quoi ??

Je me demande si la Grande, elle va pas me demander de l’épouser quand j’aurais l’âge de la marier !!!

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Je sais ce que tu te dis. Que je délire complet ! Une Grande qui épouse un chien, on a jamais vu ça. Nulle part ! On peut fouiller dans toute la littérature du monde, chez tous les historiens, dans tous les registres de la mairie et même dans ceux de l’Eglise, non ! Une Grande qui marie son chien, ça c’est jamais vu !

Mais je te jure qu’il y a quand même de quoi se poser la question.

Genre.

Je me vautre dans la piscine l’autre soir parce que je me fais avoir comme un bleu par ce Pepito, qui franchement, n’a pourtant rien d’une lumière !!! Mais que veux-tu…. L’expérience, quand même, ça fait la différence. Enfin, quoi, je me vautre dans la piscine.

Là, j’ai l’air tellement con que je dis rien. Je respire même plus pour pas qu’on m’entende. Imagine un peu la honte s’il me ramène tout le quartier ! Pour une entrée en matière, ça serait légèrement tout pourri. C’est un coup à devenir le souffre douleur à tout le monde, des conneries pareilles. Encore que ça ne durerait pas longtemps, parce que je te mettrais tout ça au pli et vite fait. Mais bon. Si on peut s’épargner un peu de taffe et règner comme un prince à moindre frais, c’est mieux.

Bref. J’étais comme un con à me les geler dans cette piscine presque vide qui sentait ma foi fort bon, il faisait la nuit dans le ciel, et la Grande que j’avais semée à l’aise me trouve direct !!!! C’est pas un peu louche ça ?? C’est pas un peu de l’amour ???

Elle a zéro truffe, elle court comme une tortue, elle y voit rien dans le noir, et elle me trouve direct alors que je fais le mort ! Non !!!! C’est carrément louche.

Tu l’aurais vue !!! Et la voilà qui s’angoisse, qui va chercher les voisins pour qu’ils y mettent de la lumière, qui descend à tout berzingue pour me choper, qui me hisse dans ses bras et qui me repose sur le plancher des vaches juste devant la tronche à Pepito.

Moi, sur le coup, je me dis qu’elle est vraiment sympa cette Grande de sauver ma fierté et de me faire faire des nouvelles rencontres hyper sportives…. Mais t’y crois ?? Elle m’a fait une crise de jalousie !!!

Je t’explique. Moi, je vois Pepito qui m’attend, alors qu’est-ce que je fais ?? Ben je repars pardi !! J’suis quand même pas un ingrat ! On venait de faire connaissance, on commençait à peine à s’entendre et plouf, je le laisse tout seul en plan. Non. C’est pas des manières ça. D’autant plus que j’étais chez lui !

Désolé, mais quelqu’un qui vous accueille aussi bien dans son parc, qui vous fait les honneurs d’une visite au pas de course, on le lâche pas comme un malpropre ! Je connais la politesse, moi. J’ai un pedigree, nom d’un chien !

Bref, je repars rendre ses politesses à Pepito, et tu vois pas que l’autre, elle se met dans la tête de nous courir après !

Là, je me dis mais qu’est-ce qu’elle fout ??? Elle veut courir avec nous alors qu’elle fait du sur place ?! C’est vraiment une idée à la con ! Est-ce que j’essaie de lire son journal, moi ??

(Bon. À la réflexion, c’est vrai que j’y ai bouffé ses lunettes pour qu’elle arrête parce que je m’ennuie quand elle lit… Cela dit, lui bouffer ses lunettes, c’est de bonne guerre. Prétendre courir avec nous, c’est stupide ! )

Elle s’est mise à crier mon nom dans la nuit (non mais… t’y re-crois ??) tout en opérant une sorte de danse ridicule autour de nous pendant dix minutes. Moi, c’est pas que je l’aime pas la Grande, mais franchement, la danse, c’est pas trop mon truc et elle, pour courir, c’est une patate. Pepito est vachement mieux. Alors je l’ai pas calculée.

Boudu Con !! T’aurais vu la colère qu’elle a piquée ! Comme elle a des bras (ça, elle a du pot quand même), elle a réussi à me choper pendant un dérapage raté. Dis donc, mais c’est qu’elle m’a fait une de ces crises !!

Et patati et patata et patati et patata. J’ai rien capté. Elle parle trop vite. Mais j’ai bien compris qu’il fallait que je fasse le gentil toutou parce qu’elle avait l’air vraiment très très très très désolée.

Elle s’est épuisée à me remonter chez sa soeur dans ses bras alors qu’elle a les muscles à peu près gros comme des fils de fer…. Là, j’ai compris qu’elle ne voulait vraiment pas me partager, même avec Pepito.

Oups, j’ai un blèm’pro que je me suis dit. Va falloir comprendre et fissa fissa.

Comme il fallait que j’y réfléchisse, je suis passé sous la table quand elle me l’a demandé. D’abord, je me suis dit qu’elle méritait bien qu’on lui redore un peu son blason (parce que je crois qu’elle en a pas, elle, de pedigree) et puis j’avais besoin de mettre mes idées au clair.

Je l’ai matée l’air de rien du coin de l’oeil. Et franchement, j’ai bien vu sa déconfiture.

La pauvre ! Y a pas idée quand même de fall in love pour un chien ! Comment que je vais faire maintenant pour lui expliquer que notre amour est impossible….

Bon, je vais tenter un truc. Si elle m’appelle, je pars dans l’autre sens. Elle finira peut-être bien par comprendre.



Petites Soies

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Marie-Laure Mesnage et Yves Decoste par Les Pelleteurs de nuages.
http://www.cloudshovellers.com/Categorie.asp?Cat=165258

Je voudrais être un homme.

Je voudrais être un homme car je voudrais être aimée par une femme et manque de bol, c’est quand même un peu dégueulasse, je ne suis pas lesbienne.

Pourtant, je suis comme un homme. C’est à dire une enfant dans un corps devenu grand.

Je n’ai pas un seul ami musicien solitaire.

Ils ont tous des femmes aux petits soins qui leur ont donné des enfants.

Des femmes douces, aimantes, patientes. Des femmes qui leur pardonnent leur bêtise, leurs faiblesses, leurs incartades, leur vie de funambules.

Des femmes qui s’occupent des factures, des papiers, des courses, du ménage, des repas.

Des femmes qui les caressent, qui les consolent, qui les encouragent. Des femmes qui les réparent.

Des femmes qui espèrent quand c’est la misère et qui se réjouissent dans l’ombre quand reviennent briller sur eux les feux de la rampe.

Des femmes qui regardent passer les « femelles zicos-addict » avec humour et légèreté. Des femmes confiantes.

Des femmes qui bossent et qui ramènent la thune quand le téléphone ne sonne plus ou quand le temps du doute s’étire à n’en plus finir.

Des femmes qui vieillissent et qui restent fraîches, tendres et sucrées tandis que le regard de l’Autre s’indiffère puis se durcit comme de l’acier.

Des femmes qui jusqu’au bout recommencent, recommencent, recommencent à aimer.

Anne Sylvestre. Petit Velours – Patage des Eaux.

Quand au soir la ve s’effiloche
Usée comme un vieux fond de poche
Quand on a défait les ourlets
Quand au manteau de l’aventure
Il n’y a plus une couture
Qui fasse encore son effet
On peut découvrir un beau jour
Petit velours
Qu’on a quelqu’un auprès de soi
Petite soie

C’est le temps où l’on raccomode
Tant bien que mal les épisodes
D’une vie déjà bien passée
On y fait deux ou trois reprises
C’est pas nécessaire qu’on dise
Tous les fils qu’on y a cassés
Si on se fait un peu la cour
Petit velours
On reste sur son quant-à-soi
Petite soie

Comme il y a tant à recoudre
Il faut un matin se résoudre
À laisser des mailles filer
Et même avec nos maladresses
On peut rattraper la tendresse
Qui demande à se faufiler
On va pas battre le tambour
Petit velours
Pour annoncer qu’on se tutoie
Petite soie

Pour mener à bien cet ouvrage
On doit soigner son assemblage
Et le garder dans le droit fil
Et s’il y faut quelques épingles
Est bien malin qui les distingue
Car la piqûre en est subtile
Si c’n'est pas nos plus beaux atours
Petit velours
Ils nous protègeront du froid
Petite soie

Mais si fragile en est la trame
Que ce serait un nouveau drame
De faire des points trop serrés
Et peu importe ce qu’en disent
Tous ceux qui ont sous leur chemise
Une conscience amidonnée
On peut surfiler des mamours
Petit velours
Dans une étoffe à claire-voie
Petite soie

On peut même y faire des jours
Petit velours
Ou la broder au point de croix
Petite soie



Mais y a qui dans mon chien ?? (Djean à la baille, part I)

À maman, le 17 avril 2009

Objet : Mais y a qui dans mon chien ?

Coucou Mutti,

Juste un petit mot pour pas que tu t’inquiètes. Je bosse comme une folle et je suis grave à la bourre. C’est l’angoisse….. du temps qui passe….. J’ai l’impression de me noyer dans un verre d’eau, d’être organisée comme une patate, et de manquer cruellement de confiance.
Mon Dieu. Quel mental compliqué je me trimbale. C’est vraiment pas une sinécure. Mais j’imagine que ça doit être pour tout le monde pareil. De toutes façons, c’est comme ça.

Djean, lui, va hyper bien. Il devient bien gros et il a déjà une sacrée force.

J’ai été obligée de me durcir un peu parce qu’il commençait carrément à raisonner avec moi. Je te dis pas. Il m’engueule quand je l’engueule.

Bref, j’ai sévi, et je lui ai montré que moi aussi, je pouvais jouer les Dominators !! (En vérité, c’était pas si facile, heureusement qu’il en sait rien. Quoique…..)

Toujours est-il qu’il a bouffé mes lunettes. Les deux paires. Je lui ai ôté la première de la bouche, en mille morceaux. Je ne trouve pas la deuxième. J’ai juste récupéré un tout petit morceau de branche dans sa gueule. Je t’avoue que j’ai flippé un peu, mais finalement, il semblerait qu’il digère les lunettes très très bien. (Beaucoup mieux que les trucs qu’il a piqué dans la cuisine d’un resto hier soir et qui l’ont fait vomir jusqu’à deux heures du matin). Enfin passons….

Nous avons passé le week-end de Pâques chez mes amis Hervé et Charlotte à la campagne. Djean était complètement HEU-REUX et donc, mignon comme une crème.

Là-bas, je me suis fait traiter de petite-vieille-complètement-à-côté-de-la-plaque par Hervé parce que je parle à mon chien. Ok. J’assume.

N’empêche que quand je lui chante « je t’aime avec de l’amour / je t’ai-me t’ai-me pour toujours », soit on est dans la rue et il se met à marcher au pied, soit on est dans la maison et il me fait un bisou – ça marche à tous les coups.

Je leur ai fait la démonstration, et tout le monde était plié. Moi, j’étais bien fière et très reconnaissante à mon chien d’avoir cloué le bec à Hervé.

De retour à Toulouse, nous sommes allés dîner chez Véra. Djean est tombé dans la piscine en courant avec Pépito (le chien des voisins). C’est la deuxième fois qu’il tombe à l’eau !!!

La première fois, c’était dans le lac de Balma. On avait une séance d’obéissance avec les grands chiens. Ils sont partis en meute s’amuser, et puis Djean qui veut toujours faire le boss s’est pris un grand coup de cul qui l’a envoyé à la baille direct. Tout le monde était mort de rire. Moi, je me disais « quand y a une connerie, t’es sûre que c’est pour lui ! C’est vraiment une BD ce chien !  »

Mais l’autre soir, la piscine était presque vide. Il restait juste un fond d’eau. Suffisant pour qu’il ne se casse pas en douze, mais il a fait une belle chute quand même. Et puis l’eau était croupie, elle puait la vase toute miasmée.

Je suis allée le repêcher – c’était la nuit, ça caillait, il pleuvait, et j’avais de l’eau jusqu’aux mollets emoticone – et à peine sorti de cette saloprie de piscine, le voilà qui repart comme un taré derrière Pepito qui semblait trouver ça très très chouette d’avoir un nouveau copain complètement turne.

Ils sont partis balle à l’autre bout du parc et j’ai ramé 10 minutes pour remettre la main dessus…. Je te dis pas la colère que j’ai piquée emoticone.

Je l’ai ramené dans mes bras (presque 20 kilos quand même) dans le noir – évidemment, je me suis paumée dans les arbres et j’ai pris leurs branches dans la figure et dans les cheveux, toujours avec Djean dans les bras, puant et dégoulinant, se tordant comme un ver pour sniffer tant qu’il pouvait du côté de Pépito, et moi qui commençait à regretter velu velu mes milliards de clopes englouties – enfin, je l’ai ramené dans mes bras et puis on la séché avec Véra.

Elle a sorti un vieux peignoir et lui a enfilé les pattes dedans, histoire, m’a-t-elle dit, qu’il s’en rappelle ! Il était dégoûté, nous on était pliées (mais je ne l’ai pas montré car je devais me fâcher).

Ensuite, donc, je me suis fâchée, je l’ai envoyé coucher « à sa place » et j’ai vu que j’avais gagné une belle autorité (Ok Ok, t’as le droit de rire …. ) Du coup, ça m’a fait une bonne occasion pour travailler le « Reste » (pas bouger).

Ce n’est que quand il a été bien tranquille sous sa table que j’ai réalisé qu’il aurait pu se tuer ou se faire je ne sais quelle fracture. J’en étais toute retournée. Bref, tout va bien, mais il faut vraiment que j’active sur les rappels. Cela dit, comment veux-tu lutter avec Pepito ??

Voilà ce qu’il en est des dernières aventures de Djean. Et après ça, Monsieur joue les princesses délicates devant l’objectif…. Non mais j’te jure !!!

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C’est à se demander s’il n’a pas fait de carrière politique dans sa vie antérieure….. (Djean à la baille Part II)



Il est 1975

À force de voir sa jolie figure depuis deux jours en page d’acceuil du blog, tout à coup j’ai grave envie de l’entendre.

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Alors je te le mets en ligne, parce que finalement, c’est pas si souvent qu’on l’entend.

Prends trois minutes , mets ton casque et régale-toi….

J’adore ces deux petites guitares qui me chatouillent l’oreille.
Je ferme les yeux, et puis je chavire dans mes souvenirs.
Je ne suis plus une adulte dans une époque merdique.

Je danse entre deux guitares, légère,
Je me blottis dans une voix.

Il est 1975 et le soleil se couche devant moi.



Les professionnels de la santé tabacophobes : pires que la came !

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http://amelieplourde.com/

À maman, le 1er avril 2009

Objet : Mes dents

Coucou mutti,
Désolée pour le silence, mais j’ai eu plein de trucs à faire et tout un tas de galères à régler, et les journées sont courtes.

Tu sais quoi ?? Je suis sous les antibios jusqu’au cou.

Il s’est passé que ça fait maintenant plusieurs années (depuis 2003) que je réclame à chaque dentiste que je vois de me soigner les gencives qui n’ont pas l’air au top !!
La réponse depuis six ans fut à chaque fois hyper laconique du genre : hein, quoi, des gencives ? Et puis voilà.

Le dernier en date est même allé jusqu’à me faire comprendre que puisque j’étais fumeuse, il n’allait sûrement pas s’emmerder.
Après qu’il m’eût retiré mes deux dents de sagesse du haut (qui, je le pensais, étaient à la source de tous mes tracas dentaires) je lui dis que ma molaire droite me faisait vraiment souffrir, et que je passais mon temps à contenir une infection récurrente du palais à grands coups d’huile essentielle de tea tree.

Là dessus, il me renvoya dans mes pénates en ayant pris soin de souligner que les huiles essentielles, ça servait à rien, et que pour ce qui était de mes gencives, ben j’avais qu’à pleurer avec mes yeux. OK.
Je continuais donc à tamponner de tea tree ma molaire à chaque poussée infectieuse.

Entre temps, ma copine Charlotte me raconte qu’elle vient de se faire sauver toute la bouche par le meilleur dentiste du monde. Chouette ! que je me dis. Je l’appellerai pour lui montrer mes gencives, des fois qu’il soit un peu plus tonique que les autres.

Et voilà qu’il y a deux jours, un mal de chien me prend, toujours sur la molaire. L’infection se réveille violente comme un dragon et me fait pleurer de douleur jusqu’à 6 heures du matin. J’appelle le lendemain le dentiste et insiste comme une diablesse jusqu’à ce que sa secrétaire me file un RdV dans la journée.

- « Je vous en supplie, j’ai trop mal c’est horrible, et j’ai peur de perdre un oeil en plus de ma dent qui s’est mise à bouger, car tout le monde se fout de mon infection et elle traîne depuis belle lurette. »

Et bien tu sais quoi ???

(Le type, d’abord, il est top ! Ce qui est une bonne nouvelle. J’ai enfin un dentiste.)

Il m’ouvre la bouche, et là, je le vois devenir blême.

- Ma pauv’ dame! qu’il commence. Vous avez un abcès parodontique énorme sur l’ensemble de la machoire et il y a des années qu’on aurait dû s’occuper de vous. Moi, quand j’ai un patient qui commence avec ça, je lui prends la tête grave pour qu’il se soigne et sans traîner !!! »

J’étais verte !

- Pourquoi mes collègues vous ont-ils laissé ainsi ?

- Parce que je suis fumeuse !

- Mais ça n’a rien à voir ! Le tabac n’arrange pas les choses, c’est sûr, mais en aucun cas il ne provoque la parodontopathie. C’est héréditaire ! Et si on se met à refouler tous les fumeurs, on va soigner qui ?

- Je sais bien. Mais que voulez-vous que j’y fasse si la profession se transforme en horde de fascistes moralisateurs ? J’suis mal barrée ??

- Je ne vais pas vous mentir, vous êtes en effet très mal barrée ! Vous êtes en train de perdre toutes vos dents et on vous a laissé traîner ça beaucoup trop longtemps. Quoiqu’il en soit, je ne peux rien faire maintenant, car si je vous touche, vous allez grimper aux rideaux ! C’est beaucoup trop enflammé pour faire quoique ce soit. Et puis j’ai besoin d’une radio panoramique pour voir l’étendue exacte des dégâts. Donc….
Et là, il me colle sous les antibios à dose de cheval, plus des suppositoires, plus des bains de bouches, plus des anti-inflammatoires de cheval aussi.

- Allez vite faire votre radio et amenez-la moi avant lundi pour que j’aie le temps de la regarder en détail.

- Doc, si vous me sauvez la bouche, peut-être que j’arrêterai même de fumer.

- Ne vous inquiétez pas de ça pour le moment. Vous savez bien qu’on fait comme on peut avec le tabac. Mais quand on vous aura soignée, vous n’aurez plus jamais de problèmes avec vos gencives. Vous avez tout à fait le droit de garder vos dents, toute fumeuse que vous êtes.

- Merci Doc. Alors si vous sauvez ma bouche, je vous paie une bouteille de schnaps !

Voilà. Je suis donc bien verte mais bien contente. Me reste plus qu’à trouver le gynéco pareil (vu qu’ils me font le même coup avec les mammos qu’ils refusent de me prescrire, malgré ma mastose et sa ribambelle de boules et de kystes ô combien variés, cause que j’ai toujours pas 50 ans) et le médecin traitant pareil (qui fera simplement son boulot et qui arrêtera de me parler comme l’excellent curé qu’il aurait pu devenir sans la testostérone qui lui fleurit sans répit dans les couilles). C’est pas gagné.

Bon. Je me prépare à souffrir, mais je suis soulagée ! (encore qu’il faut voir la radio. Je t’avoue que j’en mène pas large).

En tout cas, de cette aventure, je retiens qu’à pas encore quarante ans, je risque de perdre toutes mes dents comme si je m’étais cramée à l’héro pendant des années, alors que je n’ai jamais touché à la came, si ce n’est à celle contenue dans mes clopes.

J’en conclus, non sans colère contre ces culs serrés, qu’ils sont aussi nuisibles que de la drogue dure coupée vingt fois à l’ammoniaque et autres joyeusetés du même acabit.

Et comment veux-tu après ça avoir envie de rompre avec Benson pour rejoindre définitivement dans leur pré carré rose ces salopries de non fumeurs ?

Sur ce, je t’embrasse bien fort. Et ne t’inquiète pas telle la mère juive. Comme tu vois, je suis enfin en de bonnes mains.

Gros bisous



Elle m’énerve !

C’est vrai. La Grande, elle m’énerve.

Toujours à me virer les cacas de la bouche, toujours à me bassiner menu menu dès qu’on va dans la rue alors que ça sent trois milliards de trucs, qu’il y a plein de cochonneries à bâfrer, qu’il y a des enfants partout et des cabines à roulettes qui baladent des genres de mollusques humains tout petits qu’on peut sauter dedans et que ça les fait crier, quel pied !!!

Mais la Grande, elle m’énerve.

Faut tout faire en douce avant qu’elle ramène sa fraise et détaler quand elle se pointe (ce qui est fastoche et très drôle, vu qu’elle court comme une patate.)
Mais si sa fraise est dans le coin, c’est tout pourri ! Faut lutter comme une bête pour arriver à ses fins, (ce qui devrait naturellement être dans mes cordes…) mais je comprends pas, elle capte la connerie avant que je la fasse…. – « C’est NON ! »

Ma comment elle fait ??
Elle m’énerve !

Quand on va au bistrot, y a des gens partout, des mégots plein les sols, des sirènes pleins les rues, des pigeons plein les places…. – « NON ! Tout est NON ! »

Elle m’énerve !!!

Quand on traverse le Ravelin, y a tous mes potes hyper sympa qui m’adorent et me font des crapouilles à gogo et qui sentent miam cet espèce de sucre bizarre qui fout le tournis, et avec eux, y a leurs super-chiens-super-grands-super-classe pour s’amuser comme des diables et c’est – « NON ! Tu laisses !  »

Mazette !!! Elle m’énerve !!!

Quand il fait beau, on s’amuse comme des fous dans l’herbe, je cours comme un tordu, j’attrape ses pantalons, on se roule dans les fleurs, je me goinfre de pâquerettes, de pissenlits et d’herbe tendre et d’un coup, vlan !!! – « Kikou…. on y va !  » Et là, faut rentrer, tu sais même pas pourquoi vu qu’il n’y a rien à faire dedans, et tout dehors…..

Elle m’énerve !

La seule chose qui est bien avec la Grande, c’est que je rentre à la maison toujours rincé comme une huître et je m’endors comme un pacha dès que le soleil se couche.
Alors je rêve que j’ai pas becqueté une seule croquette à la promenade, mais que j’ai chopé un pigeon, que j’ai fait du cheval sur le grand chien, que j’ai léché la bobine à mes potes qui sentent le sucre miam, et que je suis rentré le museau débordant de cacas…..

La vie quoi.

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Une mamelle interdite ! Quelle poisse.

Y a des jours, tu découvres de ces trucs, t’en reviens pas !
Depuis un mois que je crèche chez elle, j’avais rien vu – quelle andouille.

Tu vas pas me croire, mais figures-toi que la grande a une mamelle !!!
Je l’ai trouvée tout à l’heure pendant qu’on s’amusait tous les deux sur le tapis.

Une mamelle, j’te dis !! É-norme ! Toute molle comme une Jelly à la Mint qu’on peut enfoncer sa truffe dedans !
Moi, je voulais mordiller et mordiller et re-mordiller. Mais j’ai pas le droit. La grande elle dit Aïe.

C’est toujours comme ça avec les choses hyper intéressantes. Quelle poisse !

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